Développer le lait produit en Afrique face à la concurrence de l'industrie européenne

Analyse par COLDINNOV de la situation actuelle de la production laitière en Afrique de l’Ouest, précédée par un article initialement publié par Centraider (Coopération Internationale et Solidarité) le 26/11/2019 sous le titre « Le lait du Sénégal face à la concurrence européenne ».

Le lait du Sénégal face à la concurrence européenne

Le lait européen est en surproduction. La chute des prix qui en résulte ne permet plus aux éleveurs européens de se rémunérer correctement. Puisque la croissance de ce marché en Europe n’est que de 1%, le secteur cherche donc de nouveaux débouchés à l’international et notamment auprès des pays émergents où la consommation de produits laitiers est en hausse. Les populations y adoptent de plus en plus des modes alimentaires occidentaux. Une aubaine pour l’agro-industrie qui achète ainsi le lait à bas prix en Europe et exporte des produits laitiers. Les éleveurs du Sud font donc face à une concurrence féroce qui déstabilise toute leur filière locale alors que les éleveurs du nord sont eux aussi en péril. Focus sur le Sénégal.

Décryptage de la situation par Al Jazeera, chaîne d’information Qatari

Lait local contre lait en poudre : le lait du Sénégal contre le lait d’Europe

En Afrique de l’Ouest, les producteurs et productrices de lait sont confrontés aux importations croissantes de poudre de lait européenne, moins onéreuse que leur lait local (différence allant de 30% jusqu’à 50%). Cette poudre vendue comme du « lait » est en fait du lait écrémé ré-engraissé avec des huiles végétales, le plus souvent avec de l’huile de palme qui est la moins chère. Au Sénégal, malgré la présence de 200 000 éleveurs et une consommation en hausse, la majorité du lait consommé est importé d’Europe !

« Le lait en poudre vendu en Afrique de l’Ouest est réengraissé à partir d’huile de palme. »

Oumou Khairi Diallo, spécialiste de la filière du lait au Sénégal, invitée du Festival ALIMENTERRE 2019.

Il va de soi ainsi que ce « faux-lait » pour reprendre les mots de SOS Faim empêche le développement de la filière au Sénégal mais pire, il provoque une déstabilisation profonde de toute la filière voire la disparition d’éleveurs. Un paradoxe alors que la consommation est en hausse au Sénégal. Le « consommer local » n’est donc pas encore un argument de vente.

Plus globalement, c’est un sérieux problème pour l’activité agricole en Afrique de l’Ouest puisque environ 60% de la population active, soit près de 230 millions d’habitants sur une population totale de 382,5 millions en 2018, y vit de l’élevage et de l’agriculture.

« Il y a aussi le risque que les gens s’habituent au goût du « faux-lait ». On perd le goût du lait. »

Oumou Khairi Diallo, spécialiste de la filière du lait au Sénégal, invitée du Festival ALIMENTERRE 2019.
Affiche SOS Faim, campagne N'exportons pas nos problèmes"
Affiche de la campagne « N’exportons pas nos problèmes » de l’ONG SOS Faim

Sénégal : Une filière lait locale consciente mais fragilisée

La filière est bien évidemment consciente du problème et tente de s’organiser en regroupement. Oumou Khairi Diallo, invitée du Festival ALIMENTERRE 2019 a développé un projet de laiterie coopérative entre 2010 et 2012 en partenariat avec l’AFDI Bourgogne Franche-Comté et le CFSI.

« L’idée était de mutualiser les petits volumes de production laitière afin de les transformer (petits pots de lait caillé, yaourts, fromages…) avant de les mettre sur le marché. »

Oumou Khairi Diallo, spécialiste de la filière du lait au Sénégal, invitée du Festival ALIMENTERRE 2019.

Le projet a permis de sécuriser des débouchés pour les femmes éleveuses en leur assurant un salaire régulier. En 2013, elle constatait :
« Notre groupement de femmes éleveurs est né en 2003. Grâce à l’appui des services agricoles de l’État, ce réseau de femmes, passé de cinq à cinquante laiteries, s’est peu à peu structuré et modernisé. »

Le pays ne manque pas d’initiatives mais il existe de nombreux freins comme le rendement du cheptel, la disponibilité du fourrage, le climat…

Une solution politique

Bien que le lait en poudre permet à une grande partie de la population d’accéder aux produits laitiers et de se nourrir, la vente de ces produits ne permet pas un développement économique de la filière. Il faut aussi prendre en compte que la plupart des producteurs européens, qui font face à un prix du lait mondialisé trop bas, ne profitent pas de cette croissance exportatrice et sont en difficulté.

C’est dans les politiques agricoles qu’il faut se tourner pour trouver une solution. Pour permettre à la filière laitière de se développer, la question des barrières douanières est centrale. Aujourd’hui, le droit de douane appliqué à la poudre de lait (y compris la poudre rengraissée) est relativement faible (5 %), mais il devrait complètement disparaitre à la faveur de l’entrée en application de l’Accord de Partenariat Économique (APE) avec l’UE, qui prévoit une libéralisation complète. Une réelle et rapide évolution de la Politique Agricole Européenne est donc à souhaiter.

L’analyse par COLDINNOV

A l’heure ou la concurrence de l’industrie européenne tire les prix du lait à la baisse sur le marché africain, la résistance doit s’organiser tant du point de vue réglementaire qu’au niveau de la production.

En effet, pour favoriser la production locale, il faut notamment que les écarts de prix entre lait local et lait importé diminuent. Cela peut se faire en partie en taxant davantage les la poudre de lait européen. Cette solution a cependant peu de chances d’être appliquée à court terme du fait de l’Accord de Partenariat Économique avec l’UE qui vise au contraire à détruire toute barrière douanière.

Une autre possibilité pour diminuer cet écart consiste à faire baisser le prix du lait local, tout en améliorant les revenus des éleveurs africains. Pour cela, le moyen le plus accessible est d’augmenter la production locale en diminuant les pertes, qui représentent souvent plus de 50% du lait produit. En effet le lait est un produit très sensible à la chaleur et qui ne se conserve pas longtemps à température ambiante. Comme la majorité des élevages sont localisés loin des villes et par conséquent ne sont pas rattachés au réseau électrique, ils n’ont pas accès aux infrastructures de réfrigération ou de transformation qui permettraient de sauvegarder leur production.

Tank à lait solaire FREECOLD
Tank à lait solaire FREECOLD

Pour tenter d’apporter une réponse à cette problématique, COLDINNOV développe une gamme de tanks à lait solaires permettant un accès fiable à la réfrigération sur les lieux de production, même sans accès au réseau électrique. Nos tanks à lait FREECOLD, disponibles actuellement pour des volumes de 50 à 300 L, peuvent également être rattachés à un pasteurisateur pour préserver les qualités du lait sur une durée plus longue.

Si ces produits ne remplaceront pas un changement global de politique agricole en Afrique et en Europe, ils apportent cependant une nouvelle possibilité pour les petits éleveurs de valoriser leur production dans les meilleures conditions économiques et sanitaires.

Pour aller plus loin :

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